01 juin 2012

Ready, steady, asystolie !

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Que l'on soit ou non élève de prépa au concours infirmier, Etudiants en formation, professionnels en service, la notion d'urgence dans le métier est très souvent ancrée sur un point très spécifique du métier : aller vite, pour souvent sauver une vie.

Avec la troisième année qui va bientôt s'achever, j'ai fait le point sur les différentes techniques que j'ai pu voir ou mettre en place durant les stages, pour pallier aux urgences, qu'elles soient relatives, vitales ou absolues.

J'ai pour l'instant vécu 37 décès dans la formation. 37 patients morts dans le lieu de soins. 17 qui ont fait l'objet d'une situation d'urgence, de réanimation. En première année, on se dit que l'on va laisser faire les gens "qui connaissent". Surtout quand on ne sait pas perfuser. Mais après, on devient acteur du soin, mais seulement si on ne fait pas barrage à sa réalisation. Inutile par exemple d'être une vingtaine dans une chambre si c'est pour ensuite se marcher dessus.

L'important est d'être ami avec le chariot d'urgence. Même si vous n'êtes pas "du milieu" vous avez déjà dû apercevoir sa frimousse dans les services. C'est un condensé de ce qui peut vous sauver le slip en quelques minutes, un trousse de premier secours pesant pas loin des 100 kilos dans certains services. Généralement à roulettes, il comporte un défibrillateur, un ballon pour ventiler, des sondes, des canules, de l'oxygène, de quoi perfuser, des tas de médicaments spéciaux...

Autant dire qu'il est impératif de connaître sa place dans le service pour ne pas le chercher au moment critique. Surtout, ne pas hésiter à le ramener dans la chambre où il se passe l'amorce d'une urgence : patient qui décompense (qui subit une baisse de son taux d'oxygène dans le sang, qui a un rythme cardiaque perturbé...). Ce sera ça de moins à faire plus tard.

Et même si l'urgence est parfaitement insolite. Retirer un bout de steak avec une pince de Magill (regardez sur google images, c'est très sympa), du fond de la gorge d'une patiente trop gourmande ou trop pressé, qui devenait bleue, compresser une plaie saignant abondamment parce que le patient a voulu "tester" ses points de suture en se levant...

Mais parfois, le chariot n'est pas à ramener. C'est à vous d'utiliser vos gambettes musclées et hyper vascularisées pour trouver le produit correspondant à vos attentes. Exemple tout bête : je fais une glycémie à un patient diabétique, autrement dit, je surveille son taux de sucre dans le sang. Le résultat tombe, 0.40. Il devrait se trouver entre 0.80 et 1.20, et ne surtout pas descendre en dessous de 0.30, seuil dangereux. Le patient, blême et sentant son palpitant lui jouer la samba, se tient la tête et ne vous répond plus des masses.

Ce que j'ai fait : j'ai demandé à une collègue étudiante aide soignante de rester près du patient, pour éviter tout risque de chute. J'ai piqué un 100 mètres jusqu'à la salle de soins, j'ai pris des ampoules de glucosé à 30 % (deux, c'est ce qu'il se fait dans le service habituellement), et je les ai cassées pour déverser leur contenu dans un verre. J'ai fait boire le patient (c'était limite d'ailleurs...), puis il a même eu droit à deux biscottes tartinées de confiture. Ensuite, surveillance, contrôle quelques temps après.

C'est ça l'urgence. Aller d'un problème à une solution la plus heureuse possible. Même quand la patiente que vous emmenez dans la salle de bain avec un des chirurgiens du service s'écroule dans vos bras en faisant un malaise vagal, et que vous lui servez de matelas malgré vous, à cause de son poids. Quand quelqu'un qui vous parlait il y a dix minutes ne peut maintenant qu'ânonner des mots dénués de sens et n'est plus capable de tenir son verre.

C'est les trois T, me disait-on en deuxième année. Les Tac-Tac-Tac. Premier tac : déclenchement immédiat de l'annonce, de l'alerte de l'urgence. Deuxième tac : constitution infiniment rapide du cheminement des soins, à donner ou à faire donner. Troisième tac : les soins en eux-mêmes, pour améliorer la situation.

Car il est possible, pour un infirmier, en cas d'absence du médecin dans un service ou un lieu quelconque, de décider des gestes à mettre en place en attendant son arrivée. Ce qui peut alors poser des questions : est-ce nécessaire de perfuser (poser une intraveineuse) sur le patient ? Que perfuser ? Doit-on ventiler le patient, ou au contraire s'abstenir ?

Une des choses que je sais bien faire dans ces situations là, c'est la pose de sondes naso-gastriques. Un grand et gros tuyau du nez jusqu'à l'estomac. J'en ai posé des tonnes en neuro, digestif, médecine interne... C'est un geste rapide, mais qui peut soulager efficacement le patient. Surtout si il est en occlusion intestinale.

L'important est de voir ce qui cloche, de base, le gros problème, pour ensuite le traiter efficacement. C'est souvent horrible, on est souvent débordé, mais au moins on tente, on essaie. On profite de la dernière chance qui nous est offerte pour taquiner la faucheuse afin de grappiller un peu de temps pour la personne soignée.

Tout cela s'applique bien sûr sur le théorème de la loi de Murphy, dit aussi loi de la tartine beurrée. Le pire se produira toujours au pire moment. Ce n'est que rarement quand vous serez disponible qu'il se passera ces phénomènes. Ce sera au contraire souvent durant des moments de stress, où votre esprit sera occupé ailleurs, dans une tâche nécessitant toute votre concentration. C'est ce qui fait tout le sel de l'urgence.

Quand on sait que plus de 90 % de la population française n'est pas formée aux soins de premier secours, il y a urgence (jeu de mots). Car autant un soignant peut exercer avec du matériel, mais une personne n'ayant que peu de connaissances "théoriques" sur les soins à prodiguer à ce moment là, sans matériel, va directement s'angoisser, alors qu'il s'agit là de gestes s'apprenant très vite, et facilement.

J'ai l'air de vous vendre l'urgence comme quelque chose qui fait vendre, mais en fait c'est quelque chose que j'abhorre de tout mon corps : ici, pas de grey's anatomy ou d'Urgences télévisées, non, des vrais gens, et une grande part de responsabilité qui se dégage des actes effectués !

Et c'est aussi un jeu bien cruel, où l'on perd parfois plus que l'on gagne. Mais cela reste une facette du milieu soignant qui ne se fait pas oublier, quelque chose qui prend aux tripes quand résonne la petite alarme alarmante du moniteur de contrôle posé près du patient, quand un facteur fait que tu sens que quelque chose ne va pas chez "ton" patient, quand tu fais immédiatement des liens dans tous les problèmes de santé actuels dudit patient.

Certains aiment l'adrénaline, l'effet grisant de courir, d'avoir l'impression d'être au sommet de leur art en inscrivant leur nom au high-score des 100 mètres catégories "couloir de service hospitalier" mais il y en a aussi, qui y vont avant tout parce qu'ils sont soignants, mais qui au fond d'eux en sont déjà à craindre de ne pas être à la hauteur de l'éventuel problème. Pour en avoir fait les frais durant une bonne année et demie de formation, je peux normalement vous annoncer que ça se tasse, avec un peu d'entraînement. Mais que l'on ne peut jamais être sûr à 100 % de l'efficacité d'un soignant. Mais je suis sûr aussi d'une chose, c'est que c'est pire que de faire le funambule sur une corde raide entre deux buildings.  

   


Commentaires sur Ready, steady, asystolie !

    Pour les gestes d urgences, toute personne devrait les connaître. Et au moins suivre une formation sur un week end.

    Posté par future-infirmier, 02 juin 2012 à 22:56 | | Répondre
  • tg

    arrete de t'inventer une vie, c'est gonflant !!!!!

    Posté par ANAIS IFSI, 07 juin 2012 à 20:21 | | Répondre
  • bonjour Anaïs, je n'ai pas très bien compris ta remarque.
    j'en déduis donc qu'à priori la situation en ifsi ne se déroule pas tout à fait comme cela ?
    Après, chaque stage est unique, et tu n'as peut être pas vécu la même chose, ce qui est normal.
    Mais bon, pour ma part je ne trouve pas que spouky s'invente une vie.
    Ensuite, chaque personne est libre et interprète ce qu'il lit comme il le souhaite.
    sache que je respecte tout à fait ton point de vue.

    Posté par futur-infirmière, 07 juin 2012 à 20:58 | | Répondre
  • Ici, c'est un espace d'expression qui vise avant tout à distraire, et à raconter des petites saynètes de situations VECUES (et non inventées).

    Il est tout à fait recevable que certains textes ne peuvent correspondre à l'état d'esprit de la personne qui les lit. Il est tout à fait recevable d'entendre également les remarques qui pourraient être faites par cette même personne, tant quelles restent courtoises et un minimum argumentées.

    Vous êtes donc libre de faire ce que bon vous semble, je ne vous force pas à lire ce que j'écris. Bonne continuation.

    Posté par spouky, 07 juin 2012 à 22:49 | | Répondre
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