29 mai 2012

Marée blanche

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C'est l'été, enfin son commencement. Les températures réchauffent les villes, les cœurs, les corps. Les hommes et les femmes commencent à se dévêtir progressivement, on peut même les voir sans vêtements sur les quais, chacun goûte à l'obtention d'un mélanome. D'autres, avisés, se terrent à l'ombre, qui ne sera bientôt plus rafraîchissante et siphonnent des boissons ou lèchent des glaces.

D'autres encore, sont en stage, et commencent à trouver le temps un tantinet long. Comme si la glace d'apprentissage estivale que l'on avait commencé à déguster il y a un mois commençait à se garnir de mouches et de cet infect pollen qui virevolte partout au gré du vent. Dans une vingtaine de jours sonnera pour moi la délivrance, l'épreuve orale de soutenance du travail de fin d'études, la fin probable aussi de ce stage qui même si il a très bien débuté, commence sérieusement à m'exposer à tous les mauvais côtés de ce que l'on peut ressentir quand on est diplômé et en poste.

Les plus fervents lecteurs de ce blog se souviendront peut-être de ce stage effectué en médecine interne, qui n'avait finalement pas porté ses fruits, à cause de facteurs que je ne pourrais pas encore énumérer aujourd'hui sous peine de partir dans des paragraphes médisants.

Ici, c'est totalement le contraire. C'est un stage que j'adore, beaucoup de connaissances à mobiliser, beaucoup de compétences à employer, des découvertes quasiment quotidiennes...mais une ambiance totalement délétère à leur harmonisation. Je précise pour les éventuelles futures critiques que je ne dénigre pas les personnels embauchés dans cet hôpital, mais bien tout ce qu'il y a autour. Merci de bien noter ceci.

Chaque journée est souvent émaillée de questions de plus en plus présentes et insidieuses, tant sur la continuité de ce stage qu'à son aboutissement dans une vingtaine de jours. Moi qui pensais peut-être faire quelques détours par le privé, cette séquence en tant que stagiaire m'en a grandement dissuadé.

Manque de matériel, soignants physiquement, émotionnellement et psychologiquement très affectés par le service, travail inadapté, beaucoup de choses qui font que je me pose de grandes questions sur mon comportement, que je dois chaque jour modifier pour ne pas trop m'impliquer dans ces problèmes parasitant le stage.

En préparant un mélange avec de l'eau stérile et de la Bétadine scrub, j'ai trouvé pourquoi tant de petits problèmes pouvaient parasiter à ce point là une bonne ambiance : illustrez ca par l'eau stérile comme le milieu de travail, et la Bétadine pour les problèmes. A la moindre goutte de Béta envoyée dans le liquide, elle la colore. Autant l'inverse est plus léger, autant ici cela prend de grandes proportions, l'eau devenant très vite caramel.

Alors je me mets à repenser aux services auparavant fréquentés : neurologie, diabétologie, etc... La dizaine de patients que je prenais en soins sans aucun soucis. Ici tout est plus lourd, sujet à des manières de faire déroutantes, que l'on ne voit pas ailleurs.

Lors de mon "entretien de mi-stage" l'infirmière qui me suit en tant que tutrice me l'a bien dit : je manque de confiance en moi, je le sais, je ne suis pas le plus grand des extravertis, on ne va pas rejouer le couplet magique des trois ans. Cependant elle a aussi remarqué que je n'étais pas là au bon moment.

Parce que je les vois ces soignants, ces femmes et ces hommes, qui au début du stage m'avaient accueilli d'une très bonne façon, souffrir, pleurer, craindre pour leur lendemain. J'entends beaucoup l'expression "remettre en jeu son diplôme". Ici c'est pris comme un slogan, utilisé chaque jour.

Comme j'ai un potentiel super pouvoir à la mord moi le cathéter, à savoir être une éponge émotionnelle, tous les soignants que je côtoie me font me morfondre au plus haut point. N'étant pas (encore) leur collègue, je ne peux me permettre de les emmener à l'écart, en voyant leur comportement totalement miné par cette situation, pour en parler avec eux, ce serait le petit stagiaire qui se mêle du potager des voisins.

Mais il faudrait que je le fasse. Parce que cela urge. Je ne vais pas aborder la cuisine interne, mais encore une fois, si j'étais intégré dans l'équipe en tant qu'infirmier, je l'aurais fait depuis longtemps. Même les infirmier(e)s intérimaires, les aides-soignantes intérimaires, le remarquent, me posent des questions.

Les patients sont contents quand je m'arrête parler un peu avec eux. Hier une vieille dame a pleuré devant moi, je l'ai réconforté...et me suis retrouvé à la bourre dans ma distribution des médicaments du soir. Avec en prime le regard un peu fixe de ma tutrice (que j'apprécie, c'est pas la question !) au fond du couloir. Mais je m'en fiche, j'ai pris soin de la personne. Je peux partir une heure après la fin de ma journée, j'en ai rien à faire, je cherche le bien-être de mes patients. Ici, hors de question de la laisser seule, sans aide, ou de faire un remake de mon article Diète hospitalière...

On m'avait dit un jour : si tu as mal au ventre en allant au boulot, c'est pas la peine d'y aller. Ici, le spasfon et le doliprane devraient être livrés en gros, tant cela semble être une nécessité. Tiens, et vous rajouterez un carton de Lexomil, Tranxene pendant que vous y êtes.

A la fin de mon stage, qui se fera vers la deuxième moitié du mois de juin, une fois que tout sera terminé, que je serai redevenu simple civil pour le service, je tâcherai de verbaliser ce que j'ai ressenti durant ce stage au différents acteurs du service. Pas pour les juger, les alourdir, ou les ennuyer, non, pour leur indiquer, qu'il serait temps de faire quelque chose pour faire bouger la situation. Parce qu'une casserole de lait sur le feu ne reste pas sagement dans son cocon de métal, elle bouillonne et on finit par en fiche partout.

Quand je rentre le soir, que je me remémore ces personnes, avec moins de cinq ans de diplôme, déjà épuisées, ne songeant qu'à se barrer au plus vite dans un autre milieu de ce que j'idéalisais comme le plus beau métier du monde...ça fait réfléchir. Je leur souhaite du courage, et j'espère ne pas faire figure de grain de sable dans leur machinerie.

Et si je regarde dehors, avec ce soleil, ces tas de personnes peut-être sorties de leur travail, qui sourient, s'amusent et profitent de leur vie, je me dis que c'est peut-être une pensée pas si stupide que ça de parler, pour éviter de sombrer. Parce qu'une équipe de choc peut elle même en prendre un, de choc. Parce qu'elle n'est plus soudée, parce qu'elle n'est plus soutenue. Parce que jamais le sourire ne devrait s'effacer de la bouche d'un soignant. Parce que je n'aurai jamais la force d'être sûr de moi dans un environnement comme cela. Et parce que je ne laisserai jamais de futurs collègues comme ça, humainement et personnellement.

Bon courage à tous, bientôt diplômés, bientôt dans cet univers, si bipolaire, si étrange, au goût prononcé d'éther, de larmes et de sang...

Posté par spouky à 18:47 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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Commentaires sur Marée blanche

    Je te comprend tout à fait, ce que je trouve bizarre effectivement c'est que certains soignants semblent comme tu dis en avoir marre. Ceci dit nous
    sommes tous humain et on peut parfois avoir un comportement gênant.
    Ça m'est arrivé une fois lorsque j'était à l'hôpital et qu'une petite fille de 5 ans présentant des pb respiratoires était sous masque à oxygène et pendant la nuit la petite à enlever son masque j'ai donc été prévenir l infirmière mais elle ma répondu que ce n'était pas son pb. Finalement, je l'ai réveillé et lui ai dis doucement de remettre son masque. En même temps je n'allais pas la laisser sans et faire comme si il ne s'était rien passé.

    Posté par future-infirmièr, 29 mai 2012 à 22:36 | | Répondre
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