23 mai 2012

Les douze heures en service, petit délice soignant/saignant

lazy

 

Depuis quelques temps, je peux (enfin) expérimenter ce fameux roulement dont tout le monde me parlait : les journées en douze heures. Dans certains services de soin, notamment dans le privé, cela permet de bien suivre le patient, tant la masse de données gravitant autour étant faramineuse, et ne pouvant pas permettre un suivi découpé lors d'un "matin" et d'un "après-midi".

Surtout, cela permet de ne bosser que quelques jours par semaines, et d'avoir des repos, libérant un peu de temps. Cependant après bossé 36 ou 48 heures, parfois de suite, on a plus envie de s'enterrer sous sa couette...

Parce que disons le de suite, bosser de 7 h 15 à 19 h 30 (soit 12 h 30, avec une pause de 30 minutes pour déjeuner), c'est pas comme si l'on avait à offrir une concentration disparate au cours du temps de travail, ici c'est douze heures, plein pot. Du matin au soir. Autant à 8 h c'est possible d'être un minimum cohérent, autant vers la fin de la journée, le ton part un peu plus dans l'enchevêtrement de langue qui aurait méritée d'être tournée sept fois dans la bouche !

Mais cela permet aussi de vraiment poursuivre une journée complète avec ses patients, bien souvent surpris les premiers jours de vous voir "sur le pont" aussi longtemps. Vous préparez les médicaments (comprimés, injections, perfusions...) les rendez-vous, les examens complémentaires, vous assurez l'accompagnement, l'écoute, la toilette, l'aide au repas...

Et évidemment, dans le service ou je suis, tout se trame autour du cas particulier de chaque patient, qu'il aille bien, pas trop bien, ou carrément pas bien. On suit les patients partant au bloc, et revenant quelques heures plus tard, dans une fin d'anesthésie vaporeuse qui ne les fait pas souvent réaliser qu'il vienne de remonter. On prépare leurs dossiers et les traitements alors prescrits.

On a aussi la charge de ranger la pharmacie, de faire le chariot d'urgence, de planifier les soins du lendemain, les transmissions pour l'équipe de nuit, orienter les visiteurs...autant dire que certains soirs dans le tram la position assise est bien indispensable. Heureusement on évite les horaires où les rames sont bondées.

Un des autres avantages est de pouvoir bénéficier de l'accompagnement par une tutrice attitrée (à dire très vite une quinzaine de fois). Ainsi, cette infirmière pourra percevoir votre progression durant le stage, et la communiquer à ses collègues, et ce de manière complètement plus intéressante qu'un papotage tous les 24 du mois. Les autres membres de l'équipe ne se privent pas non plus de partager leurs avis durant la journée.

Par contre, un des gros points négatifs, que l'on peut fatalement imaginer, c'est la fatigue. Même avec l'habitude. Après minimum deux jours dans le service en douze heures, la tête devient lourde le soir, et sans l'activité effrénée dans laquelle nous sommes plongés, genre quand notre petit fessier musclé se pose sur une chaise, la tête tombe alors sur le clavier avec un ronflement des plus bruyants.

La seule solution est alors la douche, grande source providentielle de rechargement de batteries, pour se débarrasser de cette odeur d'écurie qui parsème votre corps, et pour souffler un petit peu.

Personnellement, après douze heures, ou même le midi, à la pause, je me rends compte que j'occulte totalement l'extérieur, le "dehors". Je ne garde l'esprit qu'à l'hôpital, et le souffle du vent en sortant du service me rappelle délicieusement que "ah ben oui il y a quelque chose dehors !" Cette impression est vraiment étrange, c'est un peu comme quand on entre dans une chambre, et que l'on constate, une fois la porte fermée, que chaque pièce à son ambiance, parfois très glauque, mais sûrement preuve de la personnalisation possible d'un univers blanc et froid, à l'image d'un patient, lors de son séjour.

On a aussi l'impression de ne jamais réellement sortir du service. Vous partez de chez vous tôt le matin, revenez tard le soir, mangez, dormez et repartez de plus belle. On retrouve les membres de l'équipe de nuit nettement moins guillerets mais toujours très présents, et l'odeur si particulière du service. On est relié au boulot, on vit, mange et dort à l'hôpital, on y reste collés.

Mais concrètement, si je compare tous les horaires que j'ai pu faire, en 7 h, 7 h 30, 8 h, 8 h 30 ou même 9 h, bosser en 12 h est assez appréciable. On ne peut pas l'appliquer dans tous les services mais cela apporte quand même beaucoup d'avantages, plus que d'inconvénients. Le seul point noir existant est cette question : pourrais-je le tenir jusqu'à la retraite ?

Il faut pour cela avoir en plus d'une bonne équipe, ce qui est le cas dans "mon" service, avoir aussi un bon encadrement. Quoi que l'on en dise ou puisse en penser, c'est encore la base du maintien de l'ordre dans un service. Sans cela, tout devient plus difficile. J'aurai pu en alimenter mon premier choix de sujet pour le TFE si le sujet n'avait pas été relié à un sentiment personnel actuellement vécu.

Plus que cinq semaines de stage avant d'aller se noyer à la mer, avec l'importante étiquette que l'on aura de collée sur le front, que l'on tourne en 7, 8, 9 ou 12 h : "vous ne valez pas grand chose avec votre réforme". Ouais, de la houle ! Sortez les surfs !

 

Posté par spouky à 19:58 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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Commentaires sur Les douze heures en service, petit délice soignant/saignant

    Pour la retraite tu as encore le temps d'y penser après je pense que tu fera le bon choix selon ta condition physique et ta forme quand tu seras en âge de prendre ta retraite.
    Mais le créneau 12 h semble intéressant, si l'on est bosseur, et passioné par son travail. Au moins on ne s'ennuie pas.

    Posté par future-infirmièr, 24 mai 2012 à 22:15 | | Répondre
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