18 mai 2012

Si vis pacem, para bellum

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Aujourd'hui, il m'a été donné la preuve qu'il est possible de passer une journée tout à fait agréable, malgré les multiples problèmes qui peuvent cribler un honnête soignant durant sa besogne.

Sept heures, j'arrive après dix minutes de tram, avec un vieux monsieur sentant l'oeuf qui me racontait sa vie, à l'hôpital. Personne n'est présent en tant qu'infirmier(ère) dans mon secteur de soins. Je commence mes piluliers, une petite boule au ventre, à l'idée de devoir gérer seul mes patients, notamment quelques uns qui sont très lourds et critiques. Pour les deux secteurs par contre, on connaît la malheureuse élue. Une aide soignante pour seize toilettes bien lourdes, et autres tâches bien peu rigolotes.

Puis un jeune homme (faisant fort penser à un collègue de promo d'ailleurs), débarque, nonchalant mais sûr de lui, c'est un infirmier intérimaire. Il écoute avec moi les transmissions de l'équipe de nuit et on commence à bosser ensemble, je lui explique le service. Je remarque que les infirmières sont très sympathiques avec lui. La preuve qu'en étant collègues, l'intégration est peut-être plus facile - on ne traite pas comme un copain un étudiant, il y a toujours cette satanée limite.

Une infirmière passe en courant dans la salle de soin. Un des patients est en sévère hypoglycémie. Une faute humaine commise plus tôt, rattrapée par ce sprint et la perfusion de glucose qui a suivi. Quant à nous, on commence à donner les cachous et à écouter les patients, et leurs doléances. Tout se passe bien.

La journée n'a pas été si mauvaise, on a pris notre temps, j'ai pu faire des pansements très intéressants, j'ai fait des transmissions du feu de dieu, j'ai vu une aspiration trachéale, j'ai rendu service, j'ai fait des surveillances attentives, de multiples autres petits soins, bref, pas de temps pour poser ses petites fesses musclées par la marche dans les couloirs. Pas de photos, par contre, je ne veux pas les retrouver partout sur le web :p.

Ce qui a grêlé sur cet océan si tranquille a été le cocktail habituel : des patients prenant leur sonnette pour une Gameboy (sans aucun besoin derrière j'entends, je ne suis pas contre l'usage UTILE de la sonnette), des préparateurs en pharmacie aimant se faire engueuler au téléphone en ne livrant pas toute la commande, et laissant des patients critiques au niveau santé sans antibiotiques ou antidouleurs (!), peu ou pas de pansements, obligé de composer avec les matériel restant, une urgence qui "tombe du ciel" en usurpant l'accord de la cadre principale, des médecins se prenant pour des divinités...

C'est pour ainsi dire la première fois que je constate un tel bazar, désolé c'est le mot, en service. Les soignants sont à fleur de peau, les patients le ressentent, demandent même si ils peuvent aider (c'est dire...), et j'ai bien cru ne jamais pouvoir finir un pansement, avec ce téléphone qui sonnait sans cesse dans ma poche...

Evidemment, moi et mon monde des Bisounours en blouse blanche avons été une fois de plus parasités par l'ambiance franchement étonnante qui régnait dans le service. Autant les infirmières étaient, comme toujours, très encadrantes et disponibles (et souriantes) pour tout renseignement ou conseil, autant elles savaient recadrer les choses avec d'autres personnes, avec une fermeté que je rêverais parfois d'avoir.

Comme avec ce médecin qui ne comprend pas où je voulais en venir dans l'annonce d'un diagnostic assez violent à entendre pour le patient. Du genre, on ne fait qu'un rendez vous et allez crever dans le coin là bas. A l'institut de formation, on apprend qu'il y a plusieurs phases, dans ce que l'on appelle le "dispositif d'annonce", ici que dalle, tout du moins au début. Juste un bon coup de flippe pour le patient à qui on déballe le traditionnel "bon, votre examen retrouve une biopsie qui doit être encore analysée, vous aurez plus de renseignements plus tard", comprenez : "on a regardé dans votre côlon, il saignait, on a retiré un polype, on a examiné ça au microscope, vous avez un cancer, c'est même écrit sur le dossier que je lis devant vous."

Mais enfin, après des transmissions héroïquement faites, avec pour une fois un bon gros sans faute dans l'exhaustivité de leur contenu (et je peux vous dire qu'il leur en arrive des mer... des aventures, à nos patients), et un rapide passage dans le vestiaire/réserve du service, me voilà dehors, dans la grande ville, à tout de suite rentrer pour manger ce repas qui allait calmer cet estomac revendicateur depuis 19 h.

J'attends avec impatience de voir quand les soignants du service vont se parer de peintures de guerre, et grogner, lancer des projectiles quand tout autre personne étrangère au service viendra les importuner. Guerres intestines, guerres clandestines, guerres industrielles, guerres matérielles, décidément nous vivons dans une époque de conflits. A t'on besoin de tant d'adrénaline, a t'on besoin de tant de violence dans cet univers couleur Bétadine ? Peut-être, me direz-vous, cela permet parfois, à certains petits jeunes étudiants infirmiers de se laisser pousser les crocs, remplaçant ainsi leurs dents de lait qui de toute façon, ne faisaient plus peur à personne.

Posté par spouky à 21:03 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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