03 mai 2012

Dis moi, qu'est-ce que tu veux faire plus tard ?

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En trois ans de formation, on a largement eu l'occasion de scruter de nos petits yeux d'étudiants, infirmier(e)s en devenir, les différents modes, ou lieux d'exercice qui s'offraient à notre technique balbutiante. D'une part avec nos propres expériences (heureuses ou malheureuses) de stage, d'autre part avec les "on dit". Les collègues qui par exemple te disent "oh mais il est supeeer ce lieu, je vais y postuler !" Et toi quand tu y arrives tu découvres une vingtaine d'infirmières avec la gueule de bois de l'emploi, qui te jurent dès ta première heure de travail que "si c'était à refaire, je ferai autre chose". Ambiance.

Pour papoter dans la joie et l'allégresse de ce que l'on souhaite faire, dans notre futur professionnel, et surtout dans quels lieux, était organisé un oral comptant pour une évaluation, auparavant représentée comme optionnelle.

Evidemment, quand j'ai échangé avec différents professionnels de santé, qu'ils soient hostiles ou non à ma présence, quand j'ai osé leur dire : "j'aime bien le milieu de l'entreprise", car oui, c'est ce que j'aimerai bien faire, j'ai eu l'impression de lire sur leur petites têtes un sourire moqueur.

Car oui, pour une infirmière diplômée, qui a déjà de la bouteille, pardon, de la perfusion, si tu ne vas pas dans un service technique, c'est forcément pour aller te la couler douce. Chacun ses passions, j'ai plus de 300 articles sur ce blog en plus de trois ans, je pense que j'ai déjà assez étalé mon point de vue là dessus. Quand je vois l'organisation de certains services, le peu de considération envers les personnels (2e profession préférée des français mes fesses...) et l'acharnement quasi militaire du turnover imposé par une administration composée de personnes n'ayant souvent aucune appartenance propre au métier...c'est comment dire, chafouin.

Et pour tout vous dire, le travail en service semble être à la portée d'une seule catégorie de personne : celui ou celle qui hurlera le plus fort. Comme ma petite voisine d'une dizaine d'années, qui dès qu'elle doit communiquer avec sa mère, fait jouer ses cordes vocales à pleine puissance. Que sa môman soit deux étages plus bas ou à côté d'elle.

Le problème ne s'arrête pas là, je sais bien que tous les secteurs d'exercice sont "contaminés" par ce problème. On l'entend bien durant les pauses cafés. Ca tape sur les patients, les soignants, la hiérarchie. Comme dans la vraie vie, des sourires par devant, des injections intramusculaires dans la fesse de haine par derrière.

Quand je fais mes petites transmissions en service, j'ai toujours un ressenti haineux envers ces personnes qui dès que tu prononces un nom, d'un membre de l'équipe, sort une petite vanne, ou une petite pique à son égard. On est censés bosser ensemble ou bien ?

Et quand on voit l'état politique de la France dans ce domaine, on peut légitimement s'inquiéter, dans quelques mois, que ce soit l'un ou l'autre des candidats qui passe, pour notre futur métier. On est encore loin de ne plus voir de "toilettes" au lait hydratant, ou de changement de pantalon sur personne souillée sans laver la dite personne.

Enfin bref, avant de pouvoir vraiment l'ouvrir au travail sans se faire cribler de remarques désobligeantes à base de "t'es un stagiaire de la réforme, tu sers à rien, va faire tes toilettes", il était temps de compléter cette unité d'enseignement et de poursuivre cette route très sinueuse vers le futur...

J'arrive donc dans un tram blindé, surprenant pour cet après midi. Beaucoup de touristes, beaucoup de tongs et de chemises à manches courtes. Le soleil est revenu à Bordeaux après une grosse dizaine de jours d'absence, et il fait grimper le mercure à plus de 26 degrés. Entre deux suffocations, je retrouve avec une joie non dissimulable l'IFSI, qui m'avait sérieusement manqué durant ce début de stage. Je retrouve le petit salon du premier, quelques têtes connues, et plein d'autres...

Effectivement, des deuxièmes année, s'étaient mixés à des candidats à l'oral du concours infirmier. Ah, les jeunots, les "chtis biloutes", ceux qui nous ont entendu parler, qui ont probablement des étoiles plein les yeux, et qui stressaient de passer cet oral de sélection...attendez la soutenance du TFE avant de vraiment craindre le pire :)

Je retrouve quelques collègues, avec qui je papote en attendant, devant la porte de la formatrice qui allait me faire passer l'épreuve. Tout le monde est ravi, de voir d'une, la fin d'année se dessiner, et de deux, de passer les dernières épreuves, peut-être de notre vie. Honnêtement je ne me suis pas posé la question. J'attends la nuit de la veille des résultats pour ne faire qu'un avec mon matelas et nécessiter l'intervention de pompiers pour  me dégager de là...

La porte s'ouvre, je rentre, je prépare mes petits brouillons. Je me dis que quatre feuilles pour dix minutes d'exposé ça doit paraître beaucoup. Je tente d'alterner les regards pour ne pas que la formatrice pense que je débite mon texte en regardant passivement ma feuille. Déjà, première bonne nouvelle, je suis un peu isolé, en parlant d'entreprise.

Car oui, nous étions deux sur plus de cent cinquante à vouloir y travailler, forcément, c'est un peu de changement dans cet océan légitime de services en tout genre. Je m'applique à bien souligner que malgré ce que l'on en dit, ce n'est pas le royaume des biaiseux et des traîne la patte, et qu'il y a du boulot. J'en profite pour glisser une petite allusion qui pour moi était assez risquée : "les horaires sont également très proches de celles de bureau, ce qui me permettrait de profiter de ma seconde passion". Je parlais évidemment de l'écriture. La formatrice me demande l'adresse du blog, je suis heureux de pouvoir la lui donner. Articulation réussie, je prouve bien malgré mes craintes que cela peut être une bonne raison, pour enrichir mon travail. Ma réflexion. Et mes articles avec des photos de chat en une :)

J'insiste également sur le côté relationnel en entreprise, le stress à gérer, mais aussi la prévention, les soins d'urgence, la métrologie, le maintien du travail pour les personnes en difficultés, la veille sanitaire, l'élaboration de protocoles...j'ai pas l'impression de lambiner en décrivant tout cela. Par contre j'appréhende le facteur temps. J'arrive juste avant la fin du délai imposé à boucler mon speech.   

J'en ressors un peu crevé, j'avais très peur de donner l'impression d'un type lambda qui veut éviter le système dans lequel on nous a tant bourré pour nous y faire entrer, mais non. J'ai évidemment bien spécifié que ça n'empêchait nullement un retour dans un service normal en cas de besoin. Parce que oui, ce n'est certainement pas ce à quoi je vais m'adonner durant les 40 prochaines années. Je vais sûrement alterner, picorer, voleter de mes petites ailes de gros moineau, vers d'autres branches. Profitons-en, on a un diplôme (de plus en plus) fait pour cela.

Il reste 78 jours avant le (certainement) diplôme. On est tous en train de se ronger les ongles des membres supérieurs et inférieurs (ou que d'en haut, pour les moins souples), avec une seule certitude : il faut l'avoir. Montrer que ce que l'on défend, parfois sans trop en informer nos référent(e)s, notre profession, qui paraît si bouleversée par rapport aux anciens standards qu'ont connu nos aînées en service. La tempête à grondé dans nos oreilles pendant trois ans, et croyez moi que l'on va se faire une joie, si tout va bien, vers la mi-juillet, de prouver à tous ces aigris et haineux, que oui, nous serons bons et appréciés dans notre travail. Et que si ça ne plaît pas, la porte leur sera très accueillante.

C'est vrai quoi. On a un rêve, on a une ambition. Echouer si près du but serait une grosse déception. On en a vu des oraux, des travaux de groupe ou sur table, des stages épuisants...on y est presque, et ça va être génial !

Posté par spouky à 21:28 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
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Commentaires sur Dis moi, qu'est-ce que tu veux faire plus tard ?

    Moi j'aimerais travailler comme ibode dans un service de chirurgie. D'ailleurs je crois que les 2 ans d'expérience obligatoire ont été supprimer donc normalement on pourrait s'orienter vers cette filière sans devoir effectuer 2 ans dans un service infirmier
    En espérant que cela ne change pas d'ici 4 ans.

    Posté par future-infirmièr, 13 mai 2012 à 11:20 | | Répondre
  • Oui, exactement, l'expérience a été supprimée récemment. Par contre après, les professionnels déjà en poste peuvent trouver cela douteux, car avec la réforme des études IDE, tu peux avoir moins d'expérience qu'avant en sortant du diplôme.

    Normalement ça ne devrait pas être changé d'ici là, surtout que toutes les formations vont progressivement être faisables après l'obtention du diplôme, dans la lignée Licence Master Doctorat.

    Mais peut-être pas IADE

    Posté par spouky, 13 mai 2012 à 21:26 | | Répondre
  • Ok merci pour ces infos

    Posté par future-infirmièr, 14 mai 2012 à 08:11 | | Répondre
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