Comme une odeur de choix professionnel...
Cette journée a très bien commencé. On nous annonçait des températures hivernales, -11 avec un grand soleil, on a eu 1 degré, avec un ciel couvert puis de la neige. Merci les « ingénieurs » météo. On partait gaiement à un cours qui semblait être sorti de sa tanière de manière inopinée, un cours qui se serait rendu compte qu’il était en retard par rapport aux autres : la stérilisation. La grosse poignée d’étudiants s’est dispersée dans l’amphi, sentant une remarquable odeur de renfermé transpirant, pour assister à l’élocution rapide et un peu essoufflée d’une dame très concise, au cours pas mal du tout.
Durant ce même cours, mon téléphone se déplace seul dans ma poche. Quelqu’un m’appelle, puis le répondeur. Encore un monsieur du Mali qui veut parler à une connaissance, qui ne va rien comprendre à ce que je lui dis et qui va me rappeler huit fois par heure, malgré toutes les formes que je peux y mettre. Non, cette fois c’est le secrétariat. Des sous ! Une bonne nouvelle, dans ce jour floconneux, avant un morose départ en stage.
Mais en remontant du self, le ventre plein de riz de paëlla, mon regard s’est posé sur le planning, et je me suis souvenu que j’avais guidance le lendemain matin. Oh, j’aime bien, la guidance, c’est utile, on parle, on règle des problèmes sur le TFE (travail de fin d’études, ou mémoire), on échange avec les autres…mais c’est tellement nébuleux pour moi, j’accumule des tonnes de recherche, j’écris et prends des initiatives qui sont rarement couronnées de succès. Alors j’attends, je fais ce qui est demandé, je modère ma volonté de rendre mon travail riche et je reste dans les normes. On verra plus tard. Une cadre enseignante nous demandait, après avoir remis en place l’abdomen d’un mannequin, utilisé pour un TP sur les sondages urinaires, si le TFE nous plaisait.
Dans un sens, oui, c’est la fin des études, le prochain train nous emmènera dans les services où les premiers jours risquent d’être épiques, au vu de l’avalanche de haine prise dans nos têtes ces derniers temps sur Actusoins (voir articles précédents). Mais c’est aussi la première fois que l’on a à rendre un travail de cette qualité, un vrai petit topo de recherche survolé, où l’on doit faire preuve de certains critères dans son élaboration. Mon sujet n’a pas été choisi, c’est de l’histoire ancienne, les deux autres étaient certainement hors du secteur demandé, j’en ai pris un « de secours », proposé par une collègue. Certainement pas ce qui me botte, mais ce n’est pas le moment de laisser tomber, autant continuer sur notre lancée.
Le sujet mythique pour moi ? Avoir fait un stage de cinq semaines (idéalement ça aurait été mon rêve de le faire là, ce semestre, ou sur dix, en rêvant beaucoup trop), dans une entreprise ; et de faire mon TFE là-dessus, sur le rôle de l’infirmier dans ce genre de structure. Parce que qu’est-ce que l’on entend quand on parle d’entreprise de psychiatrie, à un diplômé, un cadre ou un cadre supérieur ? « Truc de flemmard, tu vas perdre ta pratique, tu veux trouver une planque, tu nous seras pas utile » Rigolez pas, on l’a même entendu au forum de l’emploi infirmier, cette semaine. Ben non, ce n’est pas être flemmard que de partir en entreprise, ou en psy. J’aimerai trouver une de ces si merveilleuses infirmières diplômées depuis longtemps, titulaires et fières de l’être d’un poste en réa ou tout autre service du haut du panier de l’offre de soins, devant 200 employés. L’organisation est toute autre, le travail moins technique mais tout aussi utile. Moins routinier aussi. L’infirmier est multicasquettes, ce qui est un plus dans une profession qui se roule dans la compote niveau accessibilité dans les tâches externes. Et surtout, ça me plaît, point.
Le seul problème que je pourrais soulever de cette orientation, c’est qu’elle ne me permettrait peut-être pas d’encadrer des étudiant(e)s, chose que j’adore faire, et que je semble bien faire, selon eux J
Aussi certaines entreprises ne permettent pas d’accéder à des postes sans une expérience dans le milieu (le serpent qui se mord la queue), ou sans le DIUST ; le diplôme interuniversitaire de santé au travail, qui fait de l’infirmier un IST, non pas une infection sexuellement transmissible (anciennement MST), mais un vrai infirmier de santé au travail. Certaines boîtes avec qui je suis en contact permettent de le passer « en interne », et c’est très intéressant, et motivant, de se sentir formé.
Un ami d’une promotion d’un autre institut m’avait raconté son stage dans une grosse boîte parisienne, spécialiste du design et techniques en aéronautique. Ambiance austère, tout est gris du sol au plafond, les employés sont dotés de matériel antédiluvien, il franchit le seuil avec appréhension, surtout quand deux grands gardiens s’approchent de lui…pour lui serrer vivement la main et lui faire visiter. Il ne s’est jamais autant senti bien intégré dans un espace de travail, si investi. Lui qui était fana de soins techniques, de chirurgie lourde, il a de suite constaté que les pouces d’un IST servaient à autre chose qu’à tourner dans ce genre de milieu.
Depuis il est employé dans cette même entreprise, et participe à toutes ces activités. Il n’y a pas un jour où il regrette de s’être levé pour aller au boulot. OK, il ne se lève pas à 5 H pour aller bosser, et est chez lui vers 18 H, ça doit jouer aussi. Mais j’espère que vous aurez compris le message, quelque soit la fonction que vous avez dans le système de santé, ou non.
Et puis si l’entreprise délocalise, mange du gravier suite à une OPA ou se racle les dents sur le bitume après une erreur financière, l’IST peut « fuir », aller ailleurs, en entreprise ou non. Et en entendant les ragots, et en sentant l’acidité des fielleuses tout autour de notre future arrivée en service, je me dis que je dois mieux m’armer avant d’y rentrer, peut-être dans quelques années. Ranger mes crocs de chaton et sortir enfin une arme prompte à ne pas me laisser abuser continuellement, comme c’est souvent le cas.
En tout cas, courage à tous les IFSIENS qui préparent le TFE, mordez vous fort les doigts, mais attendez juillet, ce sera la libération…avant la retraite ;p
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